Un clic applique un jeu d'hypothèses cohérent. Tout reste ensuite ajustable ci-dessous.
Chaque mesure a une année d'entrée en vigueur et un périmètre (tous régimes ou un seul) ; elles se cumulent — on peut relever l'âge en 2030 puis de nouveau en 2045, sous-indexer au-dessus d'un seuil, plafonner les nouvelles pensions… Sans réforme, la trajectoire suit la législation actuelle (réforme de 2023 comprise ; la suspension votée fin 2025 la décale d'environ un an, non modélisée par défaut).
Ce que le politique ne décide pas : démographie, chômage, productivité. Réglées par défaut sur l'observé récent et les références COR/INSEE — à n'ajuster que pour tester la sensibilité du système.
Démographie — la démographie passée est déjà dans la pyramide des âges 2025 ; ces curseurs pilotent la suite (effets sur les cotisants dans 20 à 60 ans).
Enfants par femme, cible atteinte en 10 ans. Observé : 1,62 (2024), 1,56 provisoire (2025) · hypothèse INSEE/COR : 1,80. Un enfant né en 2026 cotise vers 2050.
Rythme des progrès de longévité. Central = tendance INSEE (~+1,5 an d'espérance à 65 ans par décennie).
Personnes par an, surtout des 20-40 ans (donc des cotisants). Observé 2024 (révisé) : +176 000 · hypothèse centrale INSEE : +70 000.
Travail & économie — les recettes sont assises sur la masse des revenus d'activité : moins de chômage = plus de cotisants ; la productivité fait croître salaires, PIB et, à terme, les pensions liquidées.
Atteint progressivement d'ici 2033. Observé 2025 : 7,7 % · référence COR 2025 : 7,0 % à partir de 2032 (variantes 5 et 10 %).
Croissance réelle par an. Référence COR 2025 : 0,7 % (variantes 0,4 et 1,0 ; l'ancienne référence était 1,0). Observé 2010-2023 : ~0,7 %/an.
Les cas particuliers de carrière et les boucles qui font qu'une mesure ne rapporte jamais son montant « comptable ».
Part des départs avant l'âge d'ouverture des droits : carrières longues, catégories actives, invalidité, inaptitude — 40 % des départs en France (COR 2025), vers 61,8 ans en moyenne. Ces départs ne suivent pas les réformes d'âge (sauf si la réforme les inclut) : plus cette part est grande, moins un report d'âge rapporte, et plus l'âge effectif moyen atteignable est plafonné.
Part du recul de l'âge qui se traduit réellement en emploi des seniors ; le reste bascule en chômage, invalidité ou inactivité (le « sas »), à la charge d'autres branches. Études sur la réforme de 2010 (Insee : +17 pts d'emploi mais +7 pts de chômage à 60-61 ans) : 50 à 65 % du report en emploi.
Élasticité de l'emploi au coût du travail : hausser les cotisations renchérit le travail et détruit de l'emploi (donc de l'assiette). Estimation centrale : −0,4 (modèles DG Trésor/OFCE : −0,2 à −0,6 selon le niveau de salaire) ; 0 = rétroaction coupée.
Les déficits s'accumulent et portent intérêt (vue « Dette cumulée »). Taux réel de la dette française sur longue période : 0 à 2 %.
Comment fonctionne ce modèle
Ce simulateur reconstruit chaque année, de 2025 à 2100, l'équilibre du système de retraites en euros constants 2025, en enchaînant trois blocs. Il est ancré sur les agrégats observés de 2025 (dépenses, ressources, effectifs) : le point de départ colle à la réalité par construction, et c'est la dynamique qui est modélisée. Les années 2002-2024 affichées sont les valeurs observées (COR), pas le modèle.
1 · Démographie par cohortes
La population est suivie âge par âge (0 à 105 ans) à partir de la pyramide INSEE au 1ᵉʳ janvier 2025 — qui contient déjà toute la démographie passée : générations nombreuses du baby-boom (1946-1973, plus de 850 000 naissances par an) aujourd'hui à la retraite, générations creuses nées après 2011 qui arrivent sur le marché du travail. Chaque année : naissances = fécondité × femmes en âge fécond (profil par âge INSEE) ; décès par la table de mortalité INSEE 2021-2023, améliorée au rythme choisi (« gains d'espérance de vie ») ; solde migratoire réparti selon le profil par âge des flux observés (concentré sur les 20-40 ans).
2 · Emploi et retraités
Les taux d'activité par âge observés (INSEE 2024) donnent la population active ; le taux de chômage cible fait le reste. L'âge effectif de départ suit une rampe vers la cible choisie, au rythme choisi (la réforme de 2023 relève l'âge légal de 3 mois par génération) ; les départs d'une génération s'étalent autour de cet âge moyen, comme dans les distributions de liquidation observées. Au-delà de la trajectoire de référence, seule la part choisie du report se convertit en emploi (« effet horizon ») — le reste forme un sas de seniors ni en emploi ni en retraite, dont le coût (chômage, invalidité, minima) est affiché mais reste hors du système de retraites, comme dans les comptes réels.
3 · Masses financières
Les ressources sont assises sur la masse des revenus d'activité (emploi × salaire moyen, lequel croît comme la productivité), au taux de prélèvement effectif calibré sur 2025 (~30 % ; cotisations, part de CSG et contributions publiques comprises) ; le curseur « cotisations » ajoute ou retire des points d'assiette. Les dépenses sont la somme, âge par âge, des pensions moyennes du stock de retraités : chaque cohorte de pensions est indexée selon la règle choisie (prix = pouvoir d'achat constant, la législation actuelle), et les nouveaux liquidants entrent au taux de remplacement courant — majoré par l'effet durée s'ils partent plus tard. Ce vieillissement du stock reproduit l'effet noria (les pensions des entrants sont plus élevées que celles des sortants) et le décrochage progressif pension/salaire quand les prix montent moins vite que les salaires : les deux mécanismes qui font que, à règles constantes, la part des dépenses dans le PIB reste à peu près stable malgré le vieillissement — c'est le niveau relatif des pensions qui s'ajuste (vue « Niveau des pensions »).
4 · Les régimes
Le modèle suit cinq groupes de régimes, ceux du rapport du COR (fig. 2.14) : le privé (Cnav-LURA, artisans-commerçants compris, plus les complémentaires Agirc-Arrco et assimilées), la fonction publique d'État (FPE), la CNRACL (territoriale et hospitalière), les régimes spéciaux (SNCF, RATP, IEG… fermés aux embauches) et les non-salariés de base (exploitants agricoles, professions libérales). Chaque génération porte sa répartition d'affiliation — essor de la CNRACL de 1970 à 2010, déclin des agricoles, extinction programmée des spéciaux —, et chaque groupe a ses âges de départ, ses niveaux de pension et ses ressources propres, calés sur les soldes par régime publiés par le COR. Suivant la convention du COR (« conforme à la législation »), l'État équilibre chaque année la FPE et subventionne les régimes spéciaux : leurs écarts n'apparaissent pas dans le solde mais dans la courbe « effort de l'État » (~58 Md€/an en 2025) — une option (convention EEC) fige au contraire cet effort en part de PIB. Les réformes peuvent viser tous les régimes ou un seul.
5 · Réformes datées et mesures ciblées
Toutes les mesures sont des réformes datées qui se cumulent : on peut relever l'âge en 2030 puis de nouveau en 2045, ajouter des cotisations en 2026, sous-indexer à partir de 2035… Au-delà des leviers internes au système, des impôts peuvent lui être affectés : CSG (1 point ≈ 18 Md€/an, valeur du point des rapports d'évaluation de la Sécurité sociale), TVA au taux normal (1 point ≈ 8,9 Md€, chiffrage DG Trésor) et impôt sur le revenu (1 % du produit ≈ 0,9 Md€) — leurs rendements croissent ensuite comme le PIB, sans rétroaction sur le coût du travail (leurs effets sur la consommation ne sont pas modélisés). Pour permettre les mesures ciblées, chaque régime porte une distribution de pensions en cinq quintiles, calée sur la dispersion observée par la DREES (34 % des retraités sous 1 000 € bruts, 8 % au-dessus de 3 000 €, 1 % au-dessus de 5 150 €) : la sous-indexation peut ne s'appliquer qu'au-dessus d'un seuil en euros, au-delà d'une durée passée à la retraite (approchée par l'âge moins l'âge de liquidation), ou aux deux critères cumulés, et les pensions peuvent être plafonnées ou garanties par un plancher — sur les seules nouvelles liquidations ou, si on l'assume, sur le stock des pensions déjà liquidées (écrêtement immédiat, d'une ampleur juridique inédite). Côté carrières, 40 % des départs se font avant l'âge d'ouverture des droits (carrières longues, catégories actives, invalidité — COR 2025) : par défaut ces départs anticipés ne suivent pas les réformes d'âge, ce qui en réduit le rendement et plafonne l'âge moyen atteignable ; chaque réforme d'âge peut choisir de les inclure. Enfin, un compte connecté peut enregistrer ses simulations (nom, hypothèses et liste de réformes) et les retrouver parmi les scénarios, comme pour les scénarios du parc nucléaire.
Ce que le modèle ne fait pas
Il ne suit pas les carrières individuelles (temps partiel, primes, minima contributifs, polypensionnés), traite la réversion comme incluse dans la pension moyenne par tête, néglige le cumul emploi-retraite, et ses cinq quintiles de pension restent une maille grossière (un plafond « mord » quintile par quintile). La suspension de la réforme de 2023 votée fin 2025 (décalage d'environ un an) n'est pas dans la trajectoire par défaut. Les réserves existantes (213,8 Md€ fin 2024, dont 86,5 Md€ à l'AGIRC-ARRCO et 20,4 Md€ au FRR) ne sont pas déduites de la dette cumulée. C'est un outil de compréhension des ordres de grandeur et des mécanismes, pas une prévision.
Le modèle est-il fiable ?
Pour en juger, l'encart sous le graphe compare en permanence la trajectoire du modèle, réglé sur les hypothèses du scénario de référence du COR de juin 2025 (productivité +0,7 %, chômage 7 %, fécondité 1,8, législation actuelle), aux projections publiées dans ce même rapport : la courbe pointillée or sur le graphe. L'écart se lit en points de PIB ; il reste de l'ordre de 0,1 point sur l'horizon 2040-2070 (2050 : −1,2 pour le modèle, −1,1 pour le COR ; 2070 : −1,45 contre −1,40) et la décomposition par régime est elle aussi comparée aux soldes par groupe publiés par le COR (fig. 2.14) — c'est moins que la révision entre deux éditions successives du rapport du COR lui-même (le solde 2030 est par exemple passé de −0,4 à −0,2 point entre les rapports 2024 et 2025). Deux limites assumées : le très court terme (2026-2032) ressort un peu plus favorable que le COR (~0,15 point), et la pension moyenne relative de 2070 un peu plus basse (43,8 % contre 45,1 %).